jeudi 21 mars 2013

Les ratés...

Circule en ce moment sur le net une polémique (qui n'en est à mon avis qu'à ses débuts) sur la formation des médecins. Si tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut continuer à se former après l'internat, la façon d'organiser et de financer cette formation reste très problématique (cherchez DPC = développement professionnel continu, et celui qui comprend ce que ça recouvre, qu'il me fasse signe...)

Reste que pour l'instant, soit on paye de sa poche (en espérant vaguement être remboursé 6 mois plus tard quand on bosse en hospitalier), soit on accepte la proposition d'un labo de nous financer. Moi je sollicite peu, mais quand on me propose, soyons honnête, je ne crache pas dessus.

Alors voilà, j'étais toute contente d'aller entendre parler de belle néonatologie, de comment il fallait faire les choses bien, contente de croiser peut-être des gens que je n'ai pas vus depuis longtemps, contente aussi à l'idée d'une bonne nuit sans enfants ni mari dans un hôtel où cocooner et qu'en plus je paie même pas, oui mais voilà...

Dragon2, doté de ce 6° sens qui lui est propre et permet à son système immunitaire de perdre les pédales quand je suis de garde / quand on doit partir en vacances à Noël ou quand je dois le confier deux jours durant aux bons soins de son père et de la nounou a décidé cette nuit de me jouer "L'Opéra Septique" avec 40°C, frissons, vomissements et tout le tremblement (si j'ose dire...)

Exit donc la formation, adieu ma belle nuit d'hôtel rien qu'à moi...
De toutes façons, j'aurais dormi tout le temps, vu la nuit pourrie que j'ai passée. Lui ? Ben il est plutôt plus en forme que moi ce matin, évidemment...

Au moins, c'est pas moi qui ai payé pour rien, c'est déjà ça :/

lundi 25 février 2013

La chambre de garde.

La chambre de garde, c'est le lieu de repos du médecin, l'endroit où il décompresse quand sa charge lui en laisse l'occasion, son "home sweet home" intra-hospitalier qu'il partage en multipropriété avec ses collègues.

J'ai connu des chambres de garde assez chouettes (peu, certes, mais je sais que ça existe). Où on a envie de rester, qu'on n'a pas envie de quitter, qu'on est content de retrouver.
C'est donc sans doute dans un but d'efficience et de rentabilité médicale que la plupart du temps, la chambre de garde ressemble à ça :

- pas de fenêtre ou bien qui donne sur le toit et la soufflerie géante de l'hôpital
- pas de store (pour quoi faire, on n'est pas là pour dormir non plus...) un vieux rideau marron à moitié décroché
- déco pas refaite depuis les années 70
- un lit de 90 qui grince affreusement à chaque mouvement (et encore, je suis du genre poids plume, j'ose pas imaginer ce que ça donne avec mes collègues à "présence physique" plus imposante...)
- un radio réveil cassé que personne n'a pensé à jeter ou à remplacer (de toutes façons tout le monde a des portables de nos jours)
- une cabine de douche en plastique rajoutée après-coup dans un coin (genre, ils avaient pas du juger ça très utile au début)
- une table en formica défoncée avec une télé qui marche pas
- un lavabo dont s'échappe une odeur douceâtre de siphon bouché
- une absence de WC (traversez l'étage désert si vous l'osez ou bien descendez d'un étage en cas d'envie pressante...)

Oui, je sais, ça donne envie. Mais je promets que rien n'est exagéré.

Alors certes, ça invite à rester traîner dans les offices avec les équipes soignantes, ça incite à rester dans son bureau et à finir ses compte-rendus en retard, mais moi je trouve surtout que ça reflète une certaine mentalité des instances dirigeantes.

Et je me prends parfois à rêver à un hôpital où on partirait pas du principe que les gens sont des glandeurs par défaut, où on se dirait que vu le boulot qu'il fournit, le personnel mérite de pouvoir se reposer, et où la chambre de garde serait sympa et aérée, fonctionnelle et (disons-le) accueillante...
Le pire c'est que ça coûterait pas si cher, mais c'est quand même une belle utopie...


Les motivations

C'est rigolo, parfois, les motivations des gens. Enfin rigolo je m'entends, disons que c'est curieux / intéressant / interpellant.

Samedi soir, donc, 22h. Après 2h d'attente, entrent en box un petit garçon d'environ 3 ans, sa maman, sa tata (qui fait l'interprète, maman ne parlant pas français). Motif de consultation : standard. Il tousse, il a de la fièvre, il mange pas, on a vu le docteur hier, il a donné ça (sac de pharmacie rempli de Doliprane, sirop quelconque, antibio) mais ça passe pas.
Des comme ça, y en a tout le temps, tous les jours, ça agace parce qu'on finit par les renvoyer chez eux avec le même traitement (voire un antibiotique en moins) sauf que là, je sais pas, ça n'y ressemblait pas. Peut-être l'angoisse manifeste écrite sur le visage de maman qui ne pipait pas mot, contrastant avec un gamin ma foi plutôt en forme, en train de défoncer le papier de la table d'examen...
Commence l'interrogatoire ponctué de pauses pour les aller-retours tata-maman "ça fait deux jours, son frère tousse un peu aussi", "ce matin ça allait mieux mais là, elle le trouve très fatigué" "elle trouve qu'il a maigri aussi"...
Commence l'examen tant bien que mal et pendant que je palpe le ventre en demandant s'il a mal quand il fait pipi, voilà tata qui lâche "on a un neveu à qui on a trouvé un diabète y a pas longtemps, aussi"
*TILT*
Je regarde maman "Vous avez peur qu'il ait le diabète aussi ?" Grand regard implorant. "Il boit beaucoup ? Il fait beaucoup pipi ?" Non, non, il n'a pas faim ni très soif d'ailleurs. "Dans le diabète, les enfants boivent beaucoup et font beaucoup pipi." Tata répond "On sait, mais elle le trouve maigre et fatigué et chez mon neveu c'est comme ça que ça a commencé..." Ici perce une peu d'inquiétude dans la voix jusque là très égale de la tata. "Et c'est pour ça que vous venez ?" Aveu presque soulagé dans les yeux de la maman.

Cinq minutes et une bandelette plus tard, il n'y a pas de diabète : la fièvre, le manque d'appétit, la fatigue deviennent d'un coup plus supportable.

Bon, ben effectivement, ils n'avaient pas vraiment grand chose à faire aux urgences, mais quand même, j'ai l'impression d'avoir été utile sur le coup.

samedi 26 janvier 2013

Les rituels

On se rassure tous par des petits rituels.

Pour moi, la veille d'une garde, ça consiste à préparer consciencieusement mon sac avec ma trousse de toilette hypra-super-complète dont au final je n'utilise que le dentifrice et la brosse à dents, à mettre une culotte et une paire de chaussettes propres pour le lendemain, une petite bouteille d'eau parce que celle de l'hôpital est dégueulasse et un petit paquet de gâteaux (pour le petit dej, pour remplacer le repas que t'as du sauter, pour la fringale de 3h du mat' quand t'es toujours pas couchée...). Et la pilule qu'il vaut mieux éviter d'oublier.

Hier soir, j'ai tout bien préparé comme il faut. Et ce matin, j'ai tout laissé comme une cruche sur le sol de la cuisine.

Me v'la donc partie pour 24 h sans mon petit barda contraphobique. Et vu que c'est samedi et que la garde dure toute la journée, pas moyen d'envisager un aller-retour à la maison. Pas trop moyen non plus de demander à Mr Dragon d'emballer les deux dragonnets par ce temps glacial pour me ramener ma trousse de toilette. Ca fait beaucoup de tracas, et puis vu la difficulté qu'ont les dragonnets à me laisser partir le matin d'une garde, je redouterais un drame (ou un précédent préjudiciable) s'ils venaient me voir sur mon lieu de travail pour devoir repartir aussi sec...

D'autant qu'en toute honnêteté, je dois avoir, planqué dans un recoin de la chambre de garde, une trousse "ocazou" destinée à cet effet (la cata, le Plan Blanc imprévu, la garde reprise au pied levé, le sympathique patient qui te vomit sur les cheveux...) contenant le minimum vital pour parer aux premiers soins d'hygiène.
(Un bon truc, la trousse ocazou, que je recommande à ceux qui n'en ont pas...)

Non, en fait, ce qui m'embête dans cette histoire, outre le fait d'avoir pris un quart d'heure sur mon sommeil hier pour rien et l'état inquiétant de mes neurones blondinets ce matin, c'est pas l'oubli d'une trousse de toilette, c'est même pas la pilule que je vais nécessairement prendre en retard (faudra pas s'étonner s'il arrive un de ces quatre un dragon3...) ce qui m'embête vraiment, en fait, c'est qu'il me manque mon doudou...



lundi 31 décembre 2012

La garde du 31

En dépit des émissions radio qui déblatèrent sur les médecins égoïstes qui osent prendre des vacances entre Noël et l'an, quand la moitié de la France ne travaille pas, il y a quand même quelques représentants du corps médical qui s'y collent...

Noël ou l'an, il faut choisir. N'ayant eu aucune fête l'année dernière, il fallait bien que ça arrive cette année. (Là où c'est de la triche, c'est que l'année dernière, certes j'étais en congés, mais j'ai quand même passé Noël dans le service avec Dragon2 et sa bronchiolite, mais ceci est une autre histoire qui sera contée une autre fois..; ou pas).

Bref. Mes collègues se sont tous mystérieusement envolés entre 16 et 17 h, petit aperçu de ce qui m'attend :

- Parents pomponnés, petit tout pâle à la main "Il a la gastro, il a vomi 2 fois, vous êtes sûrs que vous le gardez pas ?" (Non non, l'hôpital n'est pas une garderie pour enfants malades).
- Parents pomponnés (parfois pompettes aussi) petit tout rose à la main "Il a avalé une cacahouète / fini les verres du salon / mangé la terre de la plante verte" (Moins évident d'être vigilant une coupette à la main... )
- Mamie qui arrive avec son petit fils "Vous savez, je le garde ce soir mais comme il est asthmatique..."
- Maman sur son 31 qui s'excuse trois fois de déranger mais le petit ne décroche pas du 40°C depuis 4 jours et le médecin traitant est injoignable et qui demande en partant si elle a quelque chose à régler...
- Comme à chaque changement de semaine de vacances, chance non négligeable de maman/papa qui a récupéré la petite après une semaine chez papa/maman et "est-ce que vous trouvez bien normal qu'on la laisse comme ça avec son nez qui coule ?"
- J'espère pas parce que c'est moins mon truc, mais hélas c'est malgré tout de l'ordre du possible : le coma éthylique adolescent (premier réveillon avec les potes, une bouteille de vodka youp'là...)

Comme on n'a pas de chirurgie ou de réa polyvalente, j'évite a priori les blessures par couteaux à huîtres, les discussions qui ont mal tourné ou les AVP (accidents de la voie publique).

J'aurai peut-être la petite réquis' de 2h du mat (après tout, les flics travaillent eux aussi, et comment mieux commencer l'année qu'avec une garde à vue...)

Côté néonat, c'est moins facile à dire : soit très calme, soit très occupé. Je vote pour très calme.

Comme ça, ça laissera du temps pour papoter avec les infirmières et grignoter ce qu'elles auront amené de bon ;) (Si je calcule bien mon coup, je dois pouvoir me faire l'entrée au bloc mater, le plat en néonat et le dessert en pédiatrie, mais ça c'est seulement si les patients veulent bien m'en laisser le temps !)
C'est trop dommage, je vais rater le repas du réveillon de l'internat (auront-ils au moins fait l'effort de la tranche de bûche au beurre bien indigeste en dessert ? Pas sûr, on est en restriction budgétaire...)

Enfin voilà, somme toute, c'est quand même pas tout à fait pareil de faire la dernière garde de l'année.

jeudi 25 octobre 2012

La Liste de Gardes

Il y a une tradition à laquelle il faut bien se soumettre 4 ou 5 fois l'an, c'est celle de la liste de gardes.
Ca commence par un mail ou un mot échangé le matin au staff : "lundi on fait la liste".

Le lundi en question, curieusement, tous les médecins viennent au staff, avec leur gros calendrier cartonné ou leurs petits agendas à la main et pour l'interne qui termine la nuit il n'y a jamais de question, jamais de discussion sur le pourquoi du comment, on écoute les transmissions d'une oreille distraite. Un quart d'heure après, exit les internes qui vont commencer le tour dans les services et tous les chefs se rapprochent autour de la table.

Importance stratégique, le choix de la place : plus on est près du chef, plus on a de chance d'avoir ce qu'on veut. Sinon, faut crier fort. On fait le tour des absents, qui a laissé ses choix à qui, qui parle pour qui, et Machin est-ce que quelqu'un l'a prévenu ? (Machin est en repos chez lui, il apprend par un coup de fil sur son portable qu'on fait la liste sans lui, il fulmine).

Commence la litanie des jours. Il faut deux personnes : une pour le secteur néonat, une pour le secteur des grands. Le lundi ça n'intéresse personne (j'ai piscine, je consulte le lendemain...), le mardi en revanche, c'est la foire d'empoigne (tout le monde avec des enfants d'âge scolaire veut son repos du mercredi...) Alors ça parlemente, ça négocie ("tu as déjà eu deux mardis" "si tu me laisses celui-ci, je te laisse la semaine prochaine...")
Parfois il y a de grands blancs, et on sait pas pourquoi. "Jeudi 25, qui peut ?" Parfois on sait  (il y a un congrès, beaucoup veulent y aller...) et au final, c'est un peu toujours les mêmes qui s'y collent.
Il y a aussi ceux qui veulent beaucoup de gardes ("encore ? Mais ça t'en fait trois dans la semaine...") et ceux qui en voudraient plus mais qui étaient trop loin du chef et qui n'osent pas crier.
Il y a des jours on ne trouve qu'un volontaire et où personne ne veut faire le second. Alors le chef interpelle "Truc, tu peux ?" et là il faut expliquer devant tout le monde "Ah ben non ce jour là mon mari est en déplacement alors il rentrara tard et j'ai personne pour les enfants..." ou alors se dire qu'au final ça nous arrange pas mais qu'on n'a pas vraiment d'excuse qui tienne la route et répondre "Euh oui, s'il faut..."
Il y a ceux qui aiment la régularité, et ceux qui ont des vies tellement bizarres qu'ils enchaînent pendant dix jours pour ne plus rien faire du mois ensuite.

Ca demande d'être concentré, le choix de garde. Répond à une question de ton voisin, et une semaine est passée au cours de laquelle tu n'as rien pris. Régulièrement reviennent les "On en est où là ?" de ceux qui ont décroché. De temps en temps on pense à ceux qui sont pas là, surtout faut le dire, pour les jours où ça coince.
Des fois, c'est compliqué de s'y retrouver parce qu'on est à mardi mais que quelqu'un crie déjà qu'il le veut bien, le jeudi de cette semaine-ci, et alors plus personne ne sait qui fait quoi. Des fois, aussi, le chef a des ratés et il écrit A sur sa liste en pensant B...

Au final, des fois ça va vite, ça se goupille pas trop mal et on perd pas trop de temps. Mais le plus souvent, ça râle, ça s'engueule, on revient trois fois sur un jour qui pose souci, on fait des échanges à trois ("moi je peux faire le jeudi si quelqu'un me reprend le mercredi..."), on rature, on baisse les bras et on sort après une heure en cherchant déjà à qui on pourra refiler la garde du dimanche qui nous arrange pas...

Il faut bien commencer un jour

A dire vrai, j'ai déjà commencé il y a quelques années de cela, mais les deux-trois billets écrits alors se sont vite arrêtés, faute de temps, surtout. Puis j'ai découvert Twitter, et tout un tas d'excellents blogs tenus par des médecins, et je me suis dit "Pourquoi pas ?"

Pour brosser un tableau rapide, voilà bientôt douze ans que j'ai quitté les bancs de la fac, 7 ans que je suis diplômée, 7 ans que j'exerce dans un hôpital dit "périphérique", ni petit ni vraiment grand. Je ne suis pas dans ma région d'origine, ni dans celle où j'ai passé mon internat, j'ai atterri un peu par hasard dans ce que les instances actuelles appelleraient "un désert médical".

Je suis pédiatre, je m'occupe des enfants des autres, option "petits bébés" (néonat, quoi).

A la maison, j'ai un homme qui ronchonne pour tous les soirs et les week-ends où je ne suis pas là et où il se retrouve seul avec nos deux petits monstres de 3 ans et 18 mois.

Je suis gentille, facilement naïve, souvent bonne poire, bref un peu blonde. Dans la vie, il y a des trucs qui me plaisent, mais comme je n'ai pas de temps à y consacrer, je ne vois pas l'utilité d'en parler. Voilà déjà pour planter le décor.